C’est avec beaucoup de tristesse que nous vous informons du décès de Richard Biancale. Il a été victime d’une crise cardiaque le 4 février 2019 lors d’une sortie de ski dans les Alpes bavaroises. Après sa retraite du CNES, l’automne dernier, il avait rejoint le GeoForschungsZentrum (GFZ) à Oberpfaffenhofen en Allemagne où il travaillait en compagnie du Dr Frank Flechtner à des méthodes innovantes de traitement des données GRACE-FO.
Richard était diplômé de l’Ecole Spéciale des Travaux Publics de Paris (1976). La même année il avait obtenu un master d’astronomie, mécanique céleste et géodésie ; en 1977 un master d’océanographie et en 1978 soutenu sa thèse de doctorat d’astronomie à l’Université Pierre & Marie Curie. C’est aussi dans cette université qu’il avait passé en 2006 son habilitation à diriger des recherches.
Sa carrière professionnelle a débuté en Allemagne pendant son doctorat en tant qu’assistant du professeur Ch. Reigber. Il travaillait sur l’orbitographie précise et le positionnement des stations. Il a ensuite effectué son service militaire à l’Observatoire astronomique de Sao Paulo en 1979-80 où il a travaillé sur la théorie analytique des satellites galiléens de Jupiter dans l’équipe du professeur S. Ferraz-Mello. En 1981 il rejoint le Deutsches Geodätisches Forschungsinstitut (DGFI) à Munich pour travailler sous la supervision du professeur Reigber au projet POPSAT, projet ESA de mission spatiale dédiée à l’étude de la cinématique terrestre. En 1982 il rejoint le Centre de Recherches en Géodynamique et Astrométrie (CERGA) à Grasse dans l’équipe du professeur F. Barlier pour préparer le traitement scientifique des données de l’expérience LASSO, expérience ESA de synchronisation des horloges terrestres installée à bord du satellite SIRIO-2 (expérience malheureusement infructueuse à cause d’un échec lanceur).
Un an plus tard il est engagé au CNES, à Toulouse, dans le département de géodésie spatiale dirigé par Michel Lefebvre, pour travailler sur la définition du nouveau système de positionnement précis DORIS et sur la mission altimétrique TOPEX/Poseidon. Depuis 1984 il était au coeur de la coopération franco-allemande sur la modélisation du champ de gravité terrestre initiée par G. Balmino.
En 1991 il a été « visiting fellow » au Goddard Space Flight Center de la NASA (dans la section de géodynamique, à Greenbelt, en compagnie de F. Lemoine) ; il était le représentant CNES dans le cadre de la mission commune franco-américaine TOPEX/Poseidon.
Richard a été nommé chef du département de géodésie terrestre et planétaire du CNES en 1992, dans la division de G. Balmino, puis est devenu chef du service de géodésie du CNES en 2005. Dans l’intervalle, Richard avait été en 1993 chef de projet scientifique du satellite géodésique Laser STELLA et avait passé une année (2001-2002) au GFZ à Potsdam pour préparer l’équipe CNES au traitement des données GRACE.
En plus de ses responsabilités de manager au CNES, Richard avait assumé la direction du Bureau Gravimétrique International (BGI) en 2006-2007, avait été président de la section de géodésie du “Comité National Français de Géodésie et Géophysique” (2008-2012), puis vice-président de la section de géodésie du “Comité National Français de Géodésie et Géophysique” pour l’IUGG (2012-2018). De 2008 à 2017 il a été directeur exécutif du “Groupe de Recherche de Géodésie Spatiale” (GRGS), qui regroupe 120 chercheurs répartis dans 10 organismes autour de la recherche en géodésie spatiale française.
Une caractéristique de la carrière de Richard est le lien très fort qu’il a entretenu entre le CNES et le GFZ (lien initié par G. Balmino et Ch. Reigber, poursuivi avec P. Schwintzer puis F. Flechtner), avec à la clef une solide et très fructueuse coopération scientifique. Richard était le responsable scientifique de l’accéléromètre STAR, installé à bord du satellite CHAMP, mission qui a ouvert la « décennie d’or » de la géodésie spatiale avec ensuite les missions GRACE et GOCE. CHAMP a permis de se familiariser avec la technique innovante de l’accélérométrie électrostatique qui sera utilisée dans les missions suivantes. Richard et son équipe, en coopération étroite avec l’équipe de la Section 1.2 du GFZ “Global Geomonitoring and Gravity Field”, ont travaillé à améliorer les standards de traitement et les modèles utilisés pour produire les modèles EIGEN (European Improved Gravity model of the Earth by New Techniques) du champ de gravité statique et variable de la Terre. Richard était un membre très actif des équipes scientifiques GRACE et GRACE-FO.
Richard et ses collègues du GRGS et du GFZ participèrent également aux efforts déployés pour essayer d’atteindre les objectifs du « Global Geodetic Observing System » (GGOS) visant à établir un système de référence terrestre (TRF) précis et stable. Parmi les projets les plus récents dont Richard était un PI scientifique, soumis au « Earth Explorer Call 9 » de l’ESA, figurent E-GRASP (European Geodetic Reference Antenna in Space), E-MOTION et MOBILE. Ces dernières années il s’est beaucoup investi dans un projet qui lui tenait particulièrement à coeur : l’établissement d’une station géodésique fondamentale à Tahiti regroupant sur un même site les quatre techniques de géodésie spatiale – SLR, DORIS, GNSS, VLBI.
Depuis septembre 2018, après son départ à la retraite du CNES, il était parti travailler sous contrat à la branche bavaroise du GFZ pour développer le traitement innovant par gradient d’accélération des données GRACE et GRACE-FO avec l’objectif de produire des modèles journaliers des transferts de masse observés par ces missions.
Richard était l’auteur ou co-auteur de nombreuses publications dans des journaux scientifiques de premier plan ; il a enseigné la géodésie pendant plus de 20 ans dans différentes écoles d’ingénieurs, universités ou au cours de formations spécifiques (écoles d’été du GRGS, écoles d’été brésiliennes, EuroSAE, …) ; il a été l’encadrant de 16 doctorants et post-doctorants.
Richard va beaucoup nous manquer. C’était un scientifique remarquable, un directeur brillant, un chef humain, un marin accompli en peu d’années et un très bon ami. Nos pensées accompagnent dans leur peine son épouse et ses quatre enfants.

6 thoughts on “HOMMAGE A RICHARD BIANCALE

  1. La cérémonie à la mémoire de Richard a eu lieu hier à l’église Saint Joseph de Balma. Il était émouvant d’avoir pu apporter à la famille de Richard le témoignage de notre affection.

  2. Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire avec les grandes ailes de lait.
    Comme une flèche d’un carquois, de son épaule il tire une plume, il me la tend et il me dit :
     » C’est une plume d’ange. Je te la donne. Montre-la autour de toi. »
    Claude Nougaro 1977

  3. Erwin Shrödinger dans « Esprit et Matière »:

    Ainsi sommes-nous confrontés à la situation suivante, qui est remarquable. Tandis que la substance dont notre tableau du monde est fait provient exclusivement des organes des sens en tant qu’organes de l’esprit, de telle sorte que le tableau du monde de chaque homme est et reste toujours une construction de son esprit et qu’on ne peut pas prouver qu’il a quelque autre forme d’existence que ce soir, l’esprit conscient lui-même reste un étranger au sein de cette construction. Il n’a pas d’espace pour y vivre, on ne peut le localiser nulle part dans l’espace. D’habitude, nous ne réalisons pas ce fait, parce que nous avons entièrement adhéré à l’idée de considérer la personnalité d’un être humain, ou même, dans ce contexte, celle d’un animal, comme localisée à l’intérieur de son corps. Apprendre que l’on ne peut réellement l’y trouver est si stupéfiant que cela se heurte au doute et à l’hésitation ; nous sommes très réticents à l’admettre. Nous sommes habitués à localiser la personnalité consciente dans la tête d’une personne – je devrais dire un pouce ou deux derrière le point situé entre les deux yeux. À partir de là, cette personnalité nous donne, suivant le cas, compréhension, amour, soumission – ou regards soupçonneux ou furieux. Je me demande si l’on a jamais noté que l’oeil est le seul organe des sens dont le caractère purement réceptif n’est pas reconnu dans la pensée naïve. Reversant le processus effectif, nous sommes beaucoup plus portés à penser à des « rayons visuels » tirant leur origine de l’oeil qu’à des « rayons de lumière » qui frappent l’oeil à partir de l’extérieur. […] Cher lecteur, ou, encore mieux, chère lectrice, rappelez-vous les yeux brillants de joyeux avec lesquels votre enfant vous éclaire quand vous lui apportez un nouveau jouet, puis laissez- le physicien vous dire qu’en réalité rien n’émerge de ces yeux : en réalité, leur seule fonction décelable est d’être continuellement frappés par des quanta de lumière et de les recevoir. En réalité ! Étrange réalité ! Quelle chose semble manquer en elle. Il est très difficile pour nous d’évaluer le fait que la localisation de la personnalité, de l’esprit conscient, dans le corps, est seulement symbolique, juste une aide pour l’usage pratique. […] ce que nous [trouvons dans nos crânes], en dépit du vif intérêt qu’il soulève, n’est pas vraiment rien face à la vie et aux émotions de l’âme. Se rendre compte de cela peut être troublant dans un premier temps ; À mon sens, après mûre réflexion, c’est plutôt une consolation. Si vous devez être confronté au corps d’un ami décédé que vous regrettez amèrement, n’est-il pas apaisant de s’apercevoir que ce corps ne fut jamais réellement le siège de sa personnalité, mais seulement de façon symbolique, « dans un but pratique » ?

  4. Même si je n’ai jamais travaillé avec lui, j’ai un excellent souvenir de Richard, en particulier lors de mon arrivée au GRGS de Michel Lefebvre en 1984. Je me souviens de lui comme d’un collègue brillant, solide, fiable, jamais départi de bienveillance, de gentillesse et d’humour.

  5. Nous avons à la fois perdu un scientifique talentueux & passionné, ainsi qu’un collègue amical & chaleureux. À titre personnel, j’ai également perdu un mentor qui m’était cher. Richard m’avait accueilli pour mon projet de fin d’études dans l’équipe de géodésie spatiale du CNES il y a 7 ans de cela. J’ai énormément appris à ses côtés, ce qui m’a grandement aidé dans mon parcours. Il m’a sans aucun doute motivé à embrasser une carrière académique en Géodésie. C’était dès lors un plaisir à chaque fois renouvelé de le retrouver en conférence ou séminaire.
    Pour sûr, cette disparition va créer un grand vide.

Les commentaires sont clos.